Au terme de 10 jours 20 heures 19 minutes et 31 secondes, Antoine Carpentier et Mikael Mergui ont franchi la ligne d'arrivée de la Les sables - Horta - Les Sables en première position, ce jeudi 8 juillet à 11h 21min 31s. Dès les premiers jours, Redman s’échappe en tête de course, au coude à coude avec Project Rescue Ocean, et débute alors un duel acharné tout au long d’une course sous haute tension. Plusieurs fois en tête, c’est pourtant dans les toutes dernières heures de course que la première place se joue pour le duo. 

 

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Crédit : AC Sailing


Dès les premiers jours, le chassé-croisé débute en tête de flotte 

La météo des premiers jours de course est des plus incertaines lorsque le départ est lancé, à 13h, le dimanche 27 juin. Après avoir joué aux avant-postes sur la ligne de départ et bien négocié le parcours côtier donné en Baie des Sables d’Olonne, le duo du Class40 161 scrute attentivement l’évolution de la dépression orageuse plantée au milieu du Golfe de Gascogne. Cette dernière rend le début de course complexe, offrant passages de grains et zones de molle, et met, d’emblée, les nerfs des marins à rude épreuve. « Les conditions ne sont pas favorables à notre bateau. Nous sommes plus à l’aise quand il y a du vent. La nuit va être longue. », commente Antoine, en ce début de course. Pourtant, leur option sud s’avère d’emblée payante et ils touchent, dans les premiers, le vent forcissant. Moins de 48 heures après le départ, débute le chassé-croisé avec Project Rescue Ocean pour prendre la tête de la flotte et les deux Class40 commencent à creuser l'écart avec les autres concurrents. La tactique reste de mise en approche d’un nouveau piège, un col barométrique planté sur leur route et qui tourne en faveur de Redman. « On est super contents de notre passage de l’anticyclone. On a réussi à mieux passer qu’Axel (Tréhin) et Fred (Denis), du coup on a repris le leadership. Ça fait du bien. L’ambiance à bord avec Mikaël est toujours au top. Le fait d’avoir un sudiste pour la molle a sûrement été un atout ! », confie Antoine. L’équipage, par ailleurs confronté à une fuite d’eau par le presse-étoupe, reste vigilant et profite de la moindre occasion pour se reposer, conscient que patience et rigueur vont être nécessaires pour maintenir la cadence jusqu’à la bouée située devant Horta, unique marque de parcours, dont le passage est prévu trois-quatre jours plus tard.

 

Une course intense

A quelques jours des Açores, les marins se préparent à affronter une troisième dépression, de nombreuses heures vent dans le nez et des conditions musclées, illustrées a posteriori, par le skipper trinitain : « Le bateau s’envolait dans les vagues. La vie à bord était bestiale. Nous sommes revenus au moyen de déplacement de nos ancêtres, à quatre pattes. Pour nous alimenter, nous avons fait au plus simple en mangeant froid. Nous avons vécu dans nos cirés trempés pendant toute la journée. Le sommeil, n’en parlons pas. Rien n’est simple quand on vit dans ces bateaux avec ces conditions. Heureusement pour nous, depuis, c’est redevenu plus calme. Un calme somme toute relatif. Le bateau continue de taper, mais sans atterrissage violent où on a l’impression que le bateau va se disloquer ». L’ensemble des équipages, ne s’en cache pas, vivement le portant ! Le mano a mano entre les deux bateaux de tête, aux plans différents mais issus du même chantier trinitain, JPS Production, bat son plein en approche d’Horta. Les dernières heures sont interminables, à taper des pioches au près, une allure qui, comme attendu, favorise le plan Raison d’Axel Tréhin. Ainsi, dimanche 4 juillet à 6h33’46, Antoine et Mikael contournent la bouée en baie d’Horta en deuxième position, une heure après le duo Tréhin-Denis, et, malgré la déception de ne pas faire escale au célèbre Peter Café, attaquent, soulagés, le chemin du retour qui s’annonce des plus express.

 

Un retour express et sous pression 

Et c’est, en effet, une course poursuite au rythme infernal, entièrement au portant, qui commence entre les deux rivaux installés en tête de flotte, désormais très attentifs au véloce Class40 158 de Ian Lipinski, Crédit Mutuel, qui parvient à battre son propre record des 24 heures et les met encore plus sous pression ! Les deux équipiers du bolide bleu Redman, plan Manuard mis à l’eau en septembre dernier, savourent son plein potentiel au reaching, allure nettement favorable à cette nouvelle génération de bateaux. Les compteurs s’affolent, comme en témoigne Carpentier : « Les vitesses moyennes sont juste hallucinantes ! Côté sportif, on s'accroche en vieux que nous sommes. Dédé, le pilote automatique, barre et on est aux écoutes, à l'abri de la casquette. On embarque des tonnes d'eau à chaque fois que le bateau rattrape la vague de devant. Ce retour express restera dans les annales de la Class40, on va avoir fait plus de 420 milles en 24 heures et en deux jours près de 800 ! ». Les distances entre le trio fondent heure après heure… La tension est à son comble.

 
La veille de l’arrivée, Redman reprend la tête pour ne plus plus la lâcher jusqu'à la ligne d'arrivée et, à quelques heures de l'arrivée, son skipper analysait : « Encore une fin de course stressante ! Après la Normandy Channel Race où ça c’était fini en match race avec Crédit Mutuel, Banque du Léman et Lamotte Module Création, c’est au tour d’Axel et Fred ! On s’est fait des petits jibes hier matin. Un coup on gagnait, un coup on perdait. A l’heure où je vous écris, on est là où on voulait être par rapport à eux. Maintenant, c’est quasi tout droit jusqu’à la fin. On est à fond et personne ne veut rien lâcher ! »

 Source : AC Sailing